Une cérémonie pour la mémoire d’une famille « JUSTES » au Cheylard. Nécessité de la « mémoire » et de poursuivre demain l’ exemple sociétal et civilisationel avec ces indispensables  et  fortes valeurs humaines avec fierté et bravoure

Cérémonie : Mémoire des Justes de France et de la famille DELUBAC

Mme M. les Elus,

Mme, M. les Représentants du Comité YAD VASHEM

Mme M. les Responsables, 

Mme M. Chers amis ;

Chère famille Samuel DELUBAC,

Loin du bouillonnement de l’actualité, de l’effarement exaspéré qui tourmentent aujourd’hui notre France, notre nation, notre Etat, mais également les Français, et plus particulièrement les Juifs, on peut, dans notre monde de la ruralité (protestant sur le plateau), envisager un avenir certain avec un monde de fidélité, de résilience, de solidarité que j’ai appris à connaître depuis mon enfance.

Toutes les autres filières confessionnelles ont joué le même jeu. Les petits villages résistants sont nombreux, mal connus de l’ensemble de la population et ils ont existé. Et comme l’écrivait parfaitement bien PIERRE-EMMANUEL, poète et résistant, plus tard académicien, qui a écrit sur DIEULEFIT des lignes magnifiques, mais que l’on peut reprendre ici pour LE CHEYLARD, la Vallée de l’EYRIEUX ou le Plateau avec le Chambon sur Lignon.

« À Dieulefit nul n’est étranger. Celui qui va débarquer tout à l’heure, affamé, poursuivi, peut-être, et qui vit dans la terreur des regards braqués sur lui, qu’il se rassure. La paix va enfin l’accueillir. Il se trouvera parmi les siens, chez lui, car il est le prochain pour qui toujours la table est mise ».

Il y a encore des justes. Il y avait des justes, avec détermination, sans concession. C’était une force de caractère dans un milieu troublé, comme à Auschwitz où les nazis ont dépouillé l’espèce humaine de toute prétention à l’innocence. Certes, il y a des antisémites en France, il y en a.

Je le dis aujourd’hui malheureusement plus qu’il y a quelques temps ou ces dernières années. Mais sachez-le, chez nous il est aujourd’hui encore absurde, débile et malveillant, d’accuser la France d’être un pays antisémite. Il faut revenir à des mots tout simples : l’émotion, pour aider son prochain, l’hôte qui a peur, l’hôte qui a besoin, l’hôte qui doit être caché pour survivre.

Il faut, dans ce cas-là, faire vivre la mémoire des Justes de France. Ils ont été nombreux sauvés pendant la guerre. Rendons justice à ceux qui l’ont fait et notamment ici au CHEYLARD. Il faut saluer la mémoire de ceux qui les ont protégés au risque de leur propre vie, cette vie qui, aujourd’hui, n’est plus tout à fait vécue comme à l’époque.

Apporter une aide dans des situations comme celles vécues par les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale où ils étaient menacés de mort, au risque de leur propre vie et celles de leurs proches, Ces discrets bienfaiteurs sont aujourd’hui parfois souvent décédés. À nous d’honorer leur mémoire. Il y a non seulement un devoir de mémoire mais aussi une exigence de conscience, la mémoire n’est pas figée dans le passé, elle éclaire notre présent.

 Tous deux ont été une arme contre l’antisémitisme qui, aujourd’hui encore, déferle comme une vague inquiétante. L’oubli ne doit pas servir de complice à la haine. Le choix, toujours, c’est celui du courage et de la liberté.

Deux qualités, qui, malheureusement, sont en train de s’affaiblir chez nous. Il faut reconstruire avec elles cette conscience collective. 

L’humanité de la famille DELUBAC accueillit un juif, errant dans un monde totalitaire et qui a créé de la valeur qui prospère encore aujourd’hui.

Je salue le travail qui a été fait. 

Je n’oublie pas tout ce que cette famille a apporté, a amené à notre pays, notre territoire, une image de résistance qu’il fallait bien inscrire sur la place centrale du Cheylard, une image d’ouverture, une image de développement économique, une ferme volonté de travailler pour tous et mettre à disposition des possibilités de ce type-là, et même financières.

On n’oublie pas non plus cette ferme conviction d’écrire un avenir et d’être dans la population de façon harmonieuse, pour que tous puissent partager le quotidien et que chacun se trouve avec sa noblesse, côte à côte, pour une société non pas empathique mais une société d’hommes et de femmes debout, avec une noblesse indispensable pour tous.

Nous souhaitions que cette cérémonie, Ô combien émouvante, soit forte et pleine d’émotions. 

Après l’anniversaire des 100 ans de la Banque DELUBAC, il était intéressant et je vous en remercie, de pouvoir fêter et commémorer ici la mémoire de ceux qui reçoivent la médaille des Justes pour leur savoir-faire, leur tradition, leur patrimoine, la possibilité qu’ils ont eus de nous donner une suite.

Nous sommes dans un monde particulier qui deviendra de plus en plus fluide et de moins en moins fraternel.  Cette cérémonie permet, du moins nous l’espérons tous, nous les élus, un nouvel espoir indispensable pour les générations futures. L’exemplarité, sur le fond, de nos cœurs à tous.

Les combats sont et seront pour l’avenir plus importants que ce qu’une bonne partie de la population ne pense car, comme l’écrit HANNAH ARENDT « La vérité, c’est que la plupart du mal est fait par des gens qui ne se décident jamais à être bons ou mauvais »

 Il était bon aujourd’hui de saluer la mémoire des DELUBAC et SAMUEL. Je remercie aussi, bien sûr, ici le travail de Roger DUGUA qui a su écrire dans ses derniers articles la réalité de cette époque, la possibilité de comprendre aussi que dans nos vallées beaucoup de personnes furent en capacité de donner et d’accueillir. Jacques BURY nous a aussi souvent donné l’exemple de la possibilité qu’a eue la Vallée de l’Eyrieux d’accueillir un grand nombre de réfugiés lors de l’exode de 1940. Sans oublier Jean Paul DOLMAZON pour les impressions de grandes qualités sur cette mémoire du plateau.

Tout ceci prouve à quel point, entre les générations, avec courage, entre le plateau et les vallées, il y avait aussi cet esprit qui permet aujourd’hui de se retrouver dans une société de liberté même si, à mon sens, cette liberté reste très fragile. Elle est fragilisée par des institutions républicaines d’État qui ont failli à leur mission.

Notre nation doit se retrouver debout et libre, ce qui n’est pas le choix actuel de l’ensemble de nos élites. Et ici, aujourd’hui, je réaffirme qu’il existe, chez nous, en province, des possibilités de revenir aux solutions humaines, souvent les plus simples, pour écrire un avenir serein, pour que tous, nous puissions retrouver une harmonie.

Je vous remercie.

                                                                                              Dr. Jacques CHABAL

                                                                                              Maire du Cheylard

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